ECONOMIE - ENTREPRISES

Mardi 11 avril 2006

C’est le monde à l’envers. Une société roumaine de négoce en abris de jardin et chalets a décidé de délocaliser, depuis son site roumain de production, son unité de fabrication de maisons en bois dans la Nièvre.

Alors que le débat sur les délocalisations fait rage en France et que nombre d’entreprises, parmi lesquelles Lycos, Sem Suhner, Siemens…, menacent de transférer leur site de production français vers les pays d’Europe de l’Est pour arracher une baisse des salaires, une société roumaine fait le choix inverse.

En 1997, Horatiu Pristavu et Maria Mancas créent à Challuy, dans l’agglomération de Nevers, une société de négoce de meubles de jardin en bois, produits par leur usine  SC ARGO SARL, qui emploie 80 personnes dans le Nord-Est roumain. Le marché est porteur. Très vite, l’entreprise fournit les chaînes françaises de grande distribution et assure conjointement une vente directe aux particuliers sous l’enseigne Foresta. Aujourd’hui, la société compte cinq magasins, à Nevers, Orléans, Clermont-Ferrand, Loriol et Bourges. L’activité est florissante, Horatiu a dégagé un chiffre d’affaires net après impôts supérieur à un million d’euros lors du dernier  exercice. Mais, depuis trois ans, il sent que la demande est en train de glisser : « les clients veulent des maisons construites en bois massif ». Qu’à cela ne tienne, du chalet de loisirs (35m2), il saute le pas et se lance dans la vente et la fabrication de véritables chalets. Il développe son activité, adapte son outil de production en Roumanie et investit.

 Des emplois à la clé

Reste que l’éloignement du site de production,(à quelques kilomètres de Tazlau), les difficultés de maîtrise de l’approvisionnement et l’augmentation à venir des coûts de production  en Roumanie incitent Horatiu Pristavu à revoir sa stratégie. « Les coûts de main d’œuvre  qui compensaient jusque là les frais de transport (2500 km) sont en constante augmentation et avec l’entrée prochaine de la Roumanie   dans l’Union, les choses ne vont pas s’arranger » témoigne l’entrepreneur du Nivernais. Depuis la chute du régime communiste, les salaires ont été multipliés par trois. Alors quand il entend dire que la Roumanie est le nouvel eldorado et que l’on propose aux salariés 110 euros par mois, il sourit : « Moi je paie les miens 300 euros par mois et je suis installé dans une petite ville, loin de Bucarest. Qui plus est dans un secteur où les revenus sont parmi les plus faibles ».

De même, le coût du bois dans les ex pays de l’Est a lui aussi considérablement augmenté. « La concurrence à l’achat est devenue très vive à la suite de délocalisations d’entreprises occidentales » ajoute M. Pristavu qui prévoit, à terme, un alignement des charges sociales sur celles des pays de l’Union européenne. Alors, suivant l’adage, « mieux vaut prévenir que guérir », il a décidé de profiter de la richesse en bois du massif du Morvan et d’y implanter son unité de fabrication. Une usine de 1600 m2, générant 16 emplois (dont trois déjà réalisés), sortira de terre au mois de septembre. Dotée d’une machine de découpe ultra moderne d’un coût de 280.000 €, cette entité devrait permettre à cet entrepreneur de gagner en productivité. Sûr de son choix, il envisage de « délocaliser d’autres unités roumaines en France ». Une initiative qui sera certainement suivie par d’autres, au fur et à mesure que le rattrapage communautaire fera son œuvre. Est-ce là le signe annonciateur d’un remède pour contrecarrer les effets négatifs des délocalisations industrielles dont souffre actuellement l’économie française ?

 

Nicolas Yves

Benoit Delouvier

Cet article a été publié dans l'hebdomadaire Le Journal du Dimanche le 11 juin 2005

Par Nicolas Yves
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Mardi 11 avril 2006

 Il y a dix-huit mois les régions de gauche se lançaient dans « la bataille pour l’emploi », en installant les emplois-tremplins. Une réponse politique au gouvernement qui stoppait le soutien aux emplois jeunes.

 

Institué par les régions de gauche après les élections de mars 2004, le dispositif emplois-tremplins est ambitieux. Il s’agit de pérenniser 100 000 créations d’emplois d’ici 2010. Cette politique de contrats aidés soutient les associations dans le recrutement de CDI à temps plein. Sur une durée variable, de trois à six ans, la Région finance,( jusqu’à 90% d’un Smic chargé)  des postes qui répondent à « des besoins émergents ou d’utilité sociale ». Incitatif, le dispositif tarde cependant à décoller.

 

 En Rhône-Alpes, 5 000 emplois-tremplins étaient annoncés en début de mandature, seules 160 conventions ont été signées à ce jour. «Je ne sais pas si nous parviendrons à l’objectif » confie Christiane Demontes, vice-présidente. « Nous avons lancé les emplois-tremplins avant que l’Etat ne revienne à une politique d’emplois aidés.»  Et les contrats aidés du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo « intéressent parfois davantage les associations».

Le champ des activités éligibles au dispositif est vaste.

Avec le recul de quelques mois de fonctionnement, il apparaît que les secteurs d’activités les plus demandeurs sont le sport, la culture, l’environnement, l’animation territoriale et l’économie solidaire. Cependant, le cadre fixé initialement se fissure un peu.Poitou-Charentes, à coté des bourses et de 148 emplois-tremplins, a, par exemple, modifié son dispositif initial en signant avec l’Etat une convention instituant le CAE labellisé tremplin. En Basse-Normandie, un pas a été fait en direction du secteur marchand. « Nous allons évoquer la possibilité de soutenir le démarrage de société, notamment les SCIC» explique Corinne Ferret, vice-président du conseil régional.

Une incursion vers le secteur marchand qui n’étonne guère Bernard Gomel, chargé de recherche au CNRS : « La  barrière entre secteurs marchand et non-marchand est artificielle. Elle a été créée de toute pièce. Il n’est pas étonnant de la voir se craqueler. ». Le public bénéficiaire est identifié : des jeunes de moins de 26 ans, sans emploi depuis plus de trois mois. Le critère expérience professionnelle n’est pas déterminant. Dans quelques dispositifs, une place est faite aux chômeurs de longue durée ou de plus de 45 ans. Les bénéficiaires potentiels sont donc nombreux. Pourtant…

 

 

 

 

En Ile de France, Jean-Paul Huchon annonçait la création de 10 000 emplois-tremplins d’ici 2010, dont 1 000 dès 2005. Or à ce jour, 990 dossiers ont été enregistrés. 340 postes ont été votés, mais seuls 78 recrutements sont effectifs. En  Bourgogne, la prévision de 400 emplois pour  2005 « ne sera pas atteinte du fait d’un démarrage lent des négociations avec les départements » précise Gérard Speranza, directeur de l’apprentissage. A ce jour, 103 aides ont été votées.

En région PACA, « 115 conventions emplois-tremplins, intégrées dans un plan régional pour l’emploi, ont été signées » comptabilise Philippe Chesneau, vice-président. La Haute-Normandie revendique, pour réaliser un objectif de 1 000 emplois sur la mandature, une coopération  avec l’Eure et Seine-Maritime. « Ce dispositif  confie Alain Le Vern, président de région, permet un co-financement, en laissant à la Région l’aspect formation des postes. ». 150 conventions ont été signées.

En Franche-Comté , 177 postes ont été accordés et 70 sont en cours d’instruction. De son coté, la région Pays de la Loire est en retard. Elle présentera son dispositif le 17 octobre. Sur le front des réfractaires,  les régions Nord-Pas-de-Calais, Lorraine et Languedoc-Roussillon n’ont pas adopté le dispositif. Quant à la Bretagne, elle a opté pour un dispositif personnalisé d’aides à la création d’emplois associatifs d’intérêt régional.

 En Picardie, la philosophie du dispositif  est autre. Il s’agit plus de sauver le monde associatif que de lutter contre le chômage. « Nous sommes persuadés du rôle irremplaçable du monde associatif pour construire du lien social et permettre un exercice effectif de la citoyenneté, analyse Laurence Rossignol, vice-présidente du conseil régional. Actuellement, la Région  comptabilise 400 emplois tremplins. Même démarche en Midi-Pyrénées. Le projet vise, selon le vice-président Jean-Claude Traval,  « à sauver le monde associatif avec un principe de mutualisation des emplois ». Ainsi, les 37 premiers emplois sont portés par 250 associations.

 

Benoit Vochelet § Nicolas Yves

Cet article a été publié dans le magazine Entreprise&Carrières - 18 au 24 octobre 2005

Par Benoit Vochelet
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Mardi 11 avril 2006

Prévention des risques. : Le CHU de Caen a recensé pendant six mois, l’ensemble des situations à risque pour le personnel. Objectif : identifier le danger pour mieux le prévenir.

 

 

 

L’hôpital, lieu de tous les dangers pour le personnel ? Le CHU de Caen a mené une enquête exhaustive. Ce CHU accueille 5 378 personnels non soignants, 800 médecins et 61 sages-femmes. «Avec des professions médicales, des métiers du bâtiment, du transport, de l’informatique…l’établissement comporte une large palette de risques» explique Alain Césari, ingénieur en chef sécurité..  «  Ils sont biologiques, chimiques, physiques, psychologiques… » L’an dernier (bilan social 2004), le nombre de jours d’arrêt-accident du travail se montait à 7208.

Pour évaluer ces risques au travail et les recenser dans le Document unique, le comité de pilotage (regroupant les DG, DRH, DS, DSEE, DPI, médecine du travail …) a établi une cartographie en utilisant un indice de significativité. Le risque est coté en fonction du nombre de salariés exposés (1500 personnes sont exposées dans le transfert des patients ; 2 000 personnes sont exposées au risque dans la préparation des corps et le transfert en chambre mortuaire…), en fonction de la gravité ( indice maxi pour les risques de coupure, piqûres, les interventions isolées…) tout en appréciant la maîtrise du risque.

 

Si les formations.« classiques », accident avec exposition au sang, maîtrise du risque chimique, hygiène et stérilisation, manipulation des malades, gestion du stress… restent d’actualité, un gros travail de prévention sur la pharmaco-vigilance a été lancé. De même, il est apparu que certaines protections individuelles élémentaires manquaient dans les services. « Il a fallu acheter tout un équipement basique, des gants, des casques », confie Alain Cesari. Des formations déjà existantes (il y eut l’an dernier 16 397 journées de formation dispensées au personnel).ont été modifiées où adaptées. « Nous avons notamment élargi la formation Lombalgie et gestes postures », souligne Sylvie Lecoustre, directeur adjoint RH. « Nous proposons également et systématiquement une formation aux agents nouvellement recrutés. Et la prévention de la violence endogène ou exogène (urgences) constitue également un nouvel axe de travail ».

Par ailleurs, cette enquête a révélé que les risques liés à l’utilisation de produits dangereux  n’étaient pas toujours connus des opérateurs. « D’où la nécessité d’une meilleure diffusion des fiches de sécurité et un gros travail est lancé sur l’azote liquide » précise Alain Césari.. «  Nous n’avons pas attendu l’élaboration du document unique pour prendre en compte les risques professionnels », explique Sylvie Lecoustre, « mais il est évident que cela nous donne une bien meilleure lisibilité pour établir un véritable plan de formation. ».

 

 

 Un avis corroboré par Jacky Hémery, délégué CFDT et secrétaire du CHSCT Côte de Nacre. «  Nous étions déjà dans une vraie dynamique de gestion du risque aussi nous n’avons pas eu de grosses surprises. Mais, nous devons aboutir à  une prise de conscience collective. Le risque existe sur toutes les interventions du personnel même celles qui semblent les plus anodines.» L’objectif, est désormais, de faire vivre ce document unique, en l’actualisant et en adaptant la politique de formation.

Benoit Vochelet

Cet article a été publié dans le magazine Entreprise&Carrières du 25 octobre 2005

 

Par benoit Vochelet
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Mardi 11 avril 2006

 L’industrie du verre constitue, avec 7 000 emplois, la spécificité de la vallée de la Bresle, entre Normandie et Picardie. Mais ce secteur du verre est fragile.

A partir de mars 2003, les plans sociaux, dépôts de bilan et liquidations se succèdent. Gamaver-Symarco (sérigraphie sur flacons) avec 74 licenciements et Metra-moules, (mouliste de verrerie) avec 76 licenciements sont rejoints dans la spirale par Polyver, Polygone, Sandec (flaconnage) ou Nusbaumer (mouliste). Les liquidations de Margot robinetterie et de Mars industries démontrent que la filière verre n’est pas la seule à être touchée. En novembre 2005, seize entreprises dont une majorité de petites PME  ont fait l’objet au minimum d’un plan social. Au total,  454 personnes ont perdu leur emploi.

Les pouvoirs publics confrontés à cette crise  décident dès août 2003 de mettre en place une cellule de reclassement interentreprises « à la demande des syndicats » note Philippe Lagrange, directeur adjoint à la direction départementale du travail.

« Le groupe BPI a répondu à l’appel d’offres et a été retenu, explique Pascale Zouaoua, chef du projet BPI Vallée de la Bresle.

 « En règle générale, une cellule de reclassement est instituée pour une durée d’un an, explique Frédéric Lemaire, le directeur du pôle régional BPI à Rouen. Or, ici nous avons un fonctionnement inédit dans la durée avec ce que j’appelle une cellule glissante. »

Elle s’est pérennisée, depuis août 2003, à la demande des pouvoirs publics, afin d’accompagner  plans sociaux et liquidations. Et elle devrait poursuivre sa mission au minimum jusqu’en juillet 2006. De son coté, l’Etat finance cette cellule interentreprises au tarif de 2000 euros par adhérent  Les petites PME concernées par cette crise  ne disposant pas de moyens spécifiques, hors convention ANPE, pour accompagner un retour à l’emploi.

« Actuellement 247 personnes ont adhéré au dispositif mis en place par la cellule interentreprises, poursuit Pascale Zouaoua et nous obtenons 78% de retour à l’emploi ».  Parmi ces retours à l’emploi, qui concernent en majorité des opérateurs de production, « 61% sont actuellement en CDI, analyse Frédéric Lemaire. Les autres sont en solution d’emploi c'est-à-dire en CDD de plus de six mois ou en formation ».

Les adhérents à la cellule reclassés en CDI l’ont été dans des secteurs d’activités très variés : « dans l’industrie du verre, la plasturgie et… l’aide à domicile « .

 Sans contester les chiffres de BPI, Nadine Leduc, la secrétaire de l’Union locale CGT apporte un bémol. « J’ai des doutes sur l’avenir des CDI dans la sous-traitance verrière. Je les appelle plutôt des CDI précaires. C’est un secteur trop tributaire des donneurs d’ordre. »

De son coté, Pascale Zouaoua suggère deux pistes pour expliquer  les bons résultats chiffrés de la cellule. « Nous sommes dans une logique de moyens. Lorsqu’à l’ANPE, un technicien prend en charge trois cents demandeurs d’emploi, nous mettons en place un conseiller pour trente adhérents au dispositif. D’autre part, nous avons des chargés de relation entreprise qui prospectent le bassin d’emploi » ;

Et dans le cas présent, sur  deux années de recherche, 850 postes sont apparus « disponibles »  ! « Et ces postes de ce que nous appelons le marché caché n’ont pas été pourvus en totalité »

Benoit Vochelet

 

Cet article a été publié par le magazine Entreprise&Carrières -le 03 janvier 2006

Par benoit Vochelet
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Samedi 15 avril 2006

Aziz Senni n'a pas attendu Jean-Pierre Raffarin pour avoir la «positive attitude ». Cet enfant des cités de la banlieue parisienne, fils d'immigrés marocains a monté avec succès son entreprise de transport et d'accompagnement. Une réussite qu'il doit avant tout à sa volonté.

 

 

C'est un reportage télé qui a donné à Aziz Senni l'idée de créer son entreprise. «Quand j'ai vu en Suède cette personne qui organisait des transports groupés de personnes âgées pour les emmener chez le dentiste, je me suis dit: mais je connais bien ce système de transport collectif»· De la Suède au Maroc, la terre natale d'Aziz, les frontières s'effacent et les images restent. Il se souvient qu'au Royaume chérifien, il existe aussi des taxis pour tous. Il les a souvent vus quand il retournait au pays pour les vacances. Alors pourquoi pas en France? Certes, la législation n'est pas la même, mais en adaptant le concept, cela pourrait marcher. Et puis Aziz n'a qu'une idée en tête depuis ses années lycée : mon ter son entreprise. Persuadé de tenir la bonne idée, il se dit donc banco.

Fort de son bac et d'un BTS (Brevet de technicien supérieur) en transport logistique, il a déjà derrière lui une solide expérience. « Après mon BTS, j'ai intégré Dilipack (une filiale de La Poste). A l'époque, j'étais le plus jeune cadre de France. Dans le même temps, j'étais directeur technique dans une petite PME». Durant deux ans, il travaillera 15 à 18 h par jour. « Mais on ne peut pas tenir à ce rythme longtemps», avoue-t-il. Croyant fermement à son projet de transport collectif, il décide donc de démissionner de ses fonctions et de se lancer à son compte.

 

«J'ai mis huit mois pour créer mon entreprise»

 

Après avoir obtenu le soutien de différentes structures d'aide à la création et à la gestion, après avoir fait une solide étude de marché, il démarre son activité en février 2000. C'est le temps des premières courses à bord d'une 806, un véhicule prêté par la boutique de gestion ADI. « Maintenant, avec le recul, je peux dire que j'ai fait une création à l'arraché. Tout ce qu'il ne fallait pas faire, on l'a fait, car on n'avait rien à perdre», se souvient Aziz.  Avec un vieil ordinateur qu'on lui a prêté, il crée ses premiers prospectus avec le logiciel Power Point. Chez des amis, il en fait des photocopies, les découpe et se livre à l'affichage sauvage. «On en avait mis partout à Mantes-la-jolie. Un jour, je reçois un coup de fil d'un responsable de France Télécom qui me dit M. Senni, il faut que vous enleviez vos affiches des cabines téléphoniques publiques. C'est interdit par la loi, vous devez vous exécuter. Je lui ai répondu que je ne les enlèverai pas. Moi j'essaie de monter mon entreprise, je me bats pour faire quelque chose de bien alors si vous voulez les enlever et bien faites-le». Et ce sera fait.

Mais le bien est déjà fait. « Le téléphone arabe a fonctionné à merveille et les retours ont été très rapides». En 2000, ATA (Alliance Transport Accompagnement) dégage 800000 francs de chiffre d'affaires. En 2001, la croissance est fulgurante: 2,5 millions de francs. Et depuis, l'entreprise d'Aziz Senni ne cesse de se développer.

 Aujourd'hui, ce jeune chef d'entreprise emploie 43 personnes, dirige trois agences à Mantes-la-Jolie, Argenteuil et Poissy et supervise de nombreuses franchises à travers la France (Rouen, Toulouse, Montpellier). «Mon objectif est d'atteindre 100 agences en 2009 et de rouler en Ferrari d'ici cinq ans», ajoute-t-il, un rien provocateur. Une belle réussite, mais aussi une belle revanche pour cet enfant des cités dites difficiles de la banlieue parisienne. Car quand on s'appelle Aziz Senni, que l'on est fils d'immigré et que l'on vit à Mantes-Ia­Jolie, il faut avoir un caractère bien trempé pour se faire une place au soleil. «Il faut être motivé, croire en ce que l'on fait, être tenace et plus volontaire que les autres, c'est tout». Simple non!

Mais sa plus grande fierté, c'est sa rencontre avec Jacques Chirac, le président de la République. «Il est venu ici, au siège de l'entreprise. C'est quelqu'un de réellement sympathique», déclare-t-il. Et ne croyez pas qu'il dit cela pour être politiquement correct. Car quand le président de la République vient voir Aziz Senni, le garçon du Val Fourré et des cages d'escalier, il récompense des années de labeur. Il honore aussi la réussite d'une famille qui au final a cru au modèle républicain. « Ma mère a fait les youyous. Ils étaient fiers mes parents. Dans le quartier, ils disent c'est Aziz, l'ami de Jacques. Au Bled, ils se disent c'est quelqu'un». Mais Aziz sait que si ses affaires tournent, il y a encore beaucoup à faire dans les quartiers. Ainsi, en 2002, il a créé avec deux amis JEM (jeunes Entrepreneurs Mantois), une association qui vise à aider les jeunes à se lancer dans les affaires. Histoire de canaliser les énergies et de donner un peu d'espoir aux jeunes qui ont du talent. Et «.Il yen a». Et quand on lui demande: «Vous en avez pas marre que l'on vous cite toujours comme exemple ?». Il répond simplement: « Si je peux contrebalancer la colonne des faits divers, ça ne me dérange pas»

Nicolas YVES

 

 

 

Cet article a été publié dans le magazine Salemnews mars-avril 2005

Par benoit vochelet
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