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Samedi 4 février 2006

Maggy, "La femme aux 10.000 enfants", Abin Michel
Par Benoît Delouvier

Octobre 1993 au Burundi. Le président Melchior N’Dadaye est assassiné.

Le  pays s’enfonce alors dans la guerre civile. Les affrontements interethniques se prolongeront pendant dix ans. Le bilan est terrible : 300.000 morts… pour un état de moins de sept millions d’habitants.

Au milieu de cette noirceur, un rayon de lumière. Marguerite Barankitse. « Il vaut mieux allumer une bougie que maudire les ténèbres » disait Mère Thérésa.  Maggy sera cette lueur d’espoir. Au cœur des affrontements entre Tutsis et Hutus, elle recueille des enfants, les sauve de la barbarie…

A l’image des Justes, elle refuse de sombrer dans la folie meurtrière collective. Les enfants se pressent par dizaines, puis par centaines autour de cette femme remarquable. L’ouvrage de Christel Martin retrace son parcours et celui de la maison Shalom. La maison de l’espoir  des enfants rescapés.

L’auteur parvient avec finesse à nous restituer l’incroyable courage de cette femme. «  Celui qui tue est la première victime de son geste on ne peut pas condamner un homme, seulement son geste » explique Maggy, qui puise son courage dans une inébranlable  foi en Dieu

«  L’amour est plus exigeant que la loi rien ne saurait inviter mes enfants à la vengeance Même si je sais que le pardon est un travail de longue haleine ». Pourtant, au fil des ans, Maggy parvient à renouer les fils de l’espoir et de l’avenir.

La Maison Shalom prend soin actuellement de 3.000 orphelins
(davantage d’infos sur www.maisondesanges.org)

Cet article a été publié dans la rubrique livres du magazine Afriques (Edition internationale mars-avril 2006)

Par Nicolas Yves
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Lundi 10 avril 2006

Nelson Mandela est devenu le héros… d’une bande dessinée. Objectif avoué : donner le goût de la lecture aux jeunes.

 

La vie de Nelson Mandela existe désormais en bande dessinée. Comme Tintin, Astérix ou Spiderman !  Avec cependant un noble objectif. L’icône du peuple africain, affectueusement surnommée Madiba, doit inciter et permettre l’accès des jeunes, et des autres, à la lecture.

S’il confiait avec humour en novembre dernier à Johannesburg que la bande dessinée intéressait «  ceux qui, comme moi, ont des yeux qui ne sont plus ce qu’ils ont été », il ajoutait plus sérieusement lors du lancement de l’opération: « mon vœu est que cette bande dessinée conduise les enfants à la joie de la lecture d’ouvrages plus ambitieux ». Il poursuivait « cette joie fut la mienne toute ma vie. Et c’est ce que je souhaite pour tous les Sud-Africains ».

 Ce projet initié par sa fondation se traduira concrètement par neuf volumes de 28 pages, le tout en images et en couleurs. … avec une traduction des « bulles » dans les onze langues officielles du pays. Le tome un, « A son of the Eastern Cape » a été distribué à un million d’exemplaires ! Une moitié a été distribuée dans les écoles, l’autre moitié a été encartée dans les journaux.

Une initiative formidable selon John Samuel, le directeur de la Fondation Mandela.  « La mémoire des vies de Mandela et de ses camarades dans le contexte de lutte contre le colonialisme, la ségrégation raciale et la marginalisation totale doit être partagée le plus largement possible. C’est l’un des grands cadeaux de l’Afrique du Sud au monde ».

 Ce type de support, à savoir la bande dessinée apparaît d’ailleurs comme une évidence à John Samuel. « Dans d’autres pays, les « comics » ont une longue tradition et constituent un réel accès à la culture. Certains se souviennent avoir été initiés à la littérature par les aventures des personnages de Charles Dickens en bande dessinée ».Pour relever cet ambitieux défi, l’existence de Rolihlahla, pour reprendre le nom Xhosa de Mandela, fut mise en dessins par une équipe internationale regroupée par l’éditeur Umlando Wezithombe.Manpa vient du Congo, Jungo est Angolais, d’autres sont Sud-Africains. Mais tous sont fiers d’avoir travaillé sur ce projet. « C’est vraiment la meilleure chose qui pouvait nous arriver » résume Manpa. « En Afrique, Madiba est comme le grand-père du continent ».

Un « grand-père » qui garde intact le sens de la formule. « Vous savez, vous devenez vraiment célèbre, le jour  où vous devenez un personnage de bande dessinée ».

Benoit-Louis. Delouvier

Cet article a été publié dans le magazine Afriques

(édition internationale - février 2006

Par benoit Vochelet
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Mercredi 12 avril 2006

Lorsque Mohammed, réfugié palestinien et Joseph, écrivain israélien, évoquent les déchirures du Proche-Orient cela nous donne une belle leçon de tolérance. Et aussi un espoir…

Ce bouquin  Par-delà les murs (Actes sud Sindbad) est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle d’un réfugié palestinien avec un Israélien. Il y a quelques années, Mohammed El Asaad , en exil au Koweït, publia un récit poétique évoquant son village natal, près de Haïfa. Un village détruit par l’armée israélienne en mai 1948. Le texte arriva, par le hasard d’un éditeur, chez le journaliste et écrivain  Joseph Algary.  Il fut enthousiasmé à la lecture de l’œuvre .et il se lança sur les traces de Mohammed, de son enfance, de son exil.

Quelques années plus tard, les deux hommes se  retrouvèrent.  Françoise Germain-Robin journaliste à l’Humanité se chargea d’orchestrer leur rencontre, leur dialogue, leurs échanges, leurs désaccords. Et cela nous donne un ouvrage d’une grande intensité.

Françoise Germain-Robin décrit parfaitement l’atmosphère de leur première rencontre à Paris :… « deux êtres dont la création d’Israël avait bouleversé la vie, dont ces décennies de déchirements et de souffrances étaient supposées faire des ennemis pleuraient et riaient du bonheur d’avoir surmonté tant d’obstacles pour être ensemble ».A travers l’existence et les expériences de ces deux hommes, plus d’un demi-siècle d’une histoire agitée, violente  défile sous les yeux du lecteur. Cet échange continu entre le Palestinien et l’Israélien nous propose une nouvelle grille de lecture des soubresauts qui agitent le Proche-Orient. Au fil des pages, les deux hommes se livrent sans retenue, sans calcul. Un véritable échange qui nous permet de mieux comprendre la complexité qui prédomine dans cette partie du globe. Il n’est pas question de trouver en filigrane des solutions à ce conflit. Mais le simple fait de parler, de débattre, d’exposer avec sincérité son point de vue contribue à la recherche d’une véritable solution.

« Mon premier souvenir, explique Mohammed en évoquant la « Catastrophe de 1948 »,  la première impression que j’ai gardée dans ma mémoire, c’est celle d’être sur les épaules de quelqu’un qui marche dans la nuit. Cette nuit où tout a basculé. Plus tard mes parents m’ont expliqué ce qui s’était passé. Notre village envahi et détruit la nuit même de la création d’Israël.»

 

Plus loin, dans un dialogue continu, la guerre de 1967 est évoquée par Joseph : « Pour moi, le déclenchement de la guerre n’a pas été une surprise. Il était clair que les dirigeants israéliens voulaient profiter de la faiblesse arabe et se venger de ce qu’ils n’avaient pas réussi à faire en 1956… ».  Pas de langue de bois dans ces propos. Simplement, les convictions de deux hommes marqués par la violence, par l’incompréhension.. ; Plus loin Joseph évoque le drame économique vécu par les Palestiniens. « Ce qui a tué les Palestiniens, c’est le bouclage, l’encerclement des villes. C’était une punition collective inacceptable et une catastrophe qui a ramené les palestiniens des années en arrière… ».

Camp David, la militarisation de l’Intidafa, le terrorisme, l’image de « l’autre » au sein des communautés, tout ces thèmes sont « mis en pages » par Françoise Germaine-Robin et au final, cela nous donne un excellent bouquin à mettre entre tous les mains.

Benoit Delouvier

Par-delà les murs de Mohammed Al-Asaad et Joseph Algazy,
un dialogue animé par Françoise Germain-Robin.
Actes Sud Sindbad. 19 euros.

Par Nicolas Yves
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Jeudi 13 avril 2006

La bande dessinée n’a pas pour unique vocation de distraire ou divertir. Elle peut porter un message. Fort et clair. C’est le cas de « Dette odieuse » de Frédéric Chauvreau et Damien Millet.

Cette « Dette odieuse » c’est celle qui asphyxie les pays en voie de développement.  En quelques planches, les auteurs de cette BD, militants convaincus du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde, nous plongent dans la vie au quotidien de la République démocratique du Congo. Un  état  où huit habitants sur dix survivent avec moins de 0,20 dollar par jour. Un Etat plombé par le service d’une dette… qui explosa en même temps que la fortune personnelle de Mobutu…Edifiant.

A travers quatre portraits finement tournés, un vieux congolais, une danseuse indonésienne, une mère irakienne et un jeune argentin, cette dette apparaît, au fil des pages, effectivement de plus en plus odieuse. Le coup de crayon intelligent de Frédéric Chauvreau et le texte revendicatif sans lourdeur de Damien Millet « tapent » dans le mille. Il est en effet difficile de sortir de cette BD sans essayer d’aller plus loin.  En jetant un coup d'œil, par exemple, au site du comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (www.cadtm.org)

 

B. V.

« Dette odieuse » de Frédéric Chauvreau et Damien Millet. 9 euros. Editions Sylepse.

Par benoit Vochelet
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Samedi 15 avril 2006

 

Née en Algérie d'un père arabe et d'une mère française, Leila est, pour reprendre l'expression de Michèle Perrot qui préface son dernier livre, « une fille des deux côtés de la Méditerranée, une femme de l’entre-deux ».

 

 

 

Contrainte à l'exil en 1968, Leila conserve dans son cœur, son corps et son âme, une Algérie qu'elle ne cesse de rechercher, de reconstruire depuis qu'elle écrit. Son ouvrage « Mes Algéries en France » constitue une étape supplémentaire de ce que Leila a appelé joliment ses « variations sur l’Algérie et la France, le Maghreb et l’Europe, l’Orient et l’Occident ». Cette recherche permanente sur elle-même, sur un passé, sur une culture forme « des strates qui se superposent depuis des années à travers des romans, des nouvelles. C est un travail qui recompose la pluralité de l’Algérie », nous confie t-elle, dans l'un des salons de l'Hôtel de ville de Paris à l'occasion du Maghreb des livres. Ces « Algéries » constituent un puzzle qui au fil des chapitres s'assemble peu à peu pour composer la réalité de Leila Sebbar avec ses souvenirs, ses drames aussi.

L'une des originalités du livre se trouve dans la double lecture qui est proposée au lecteur avec une formidable iconographie. « Cela permet de porter l'œil sur ce qui aurait pu m'échapper ». Leila y croise ses « sœurs étrangères » et surtout elle nous livre des textes d'une beauté intense. Il est subjectif d'extraire quelques lignes. Mais le chapitre consacré aux chibanis traduit toute la tendresse de Leila. « Ils étaient jeunes, vigoureux, illettrés et pauvres. Ils sont vieux, fatigués, illettrés et pauvres ... On les croit tristes, ils ne sont pas tristes si la mort musulmane est assurée ». Mais la quête de son Algérie est loin d'être close. « j'aimerais partir en Algérie, voyager à travers le pays, retrouver les lieux, les sensations .J’y pense »

B. V.

 

 

 

 

 

« Mes Algéries en France » de Leila Sebbar (Bleu Autour), 28 euros

Cet article a été publié dans le magazine Salem News en mars-avril 2005

Par benoit vochelet
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