Il s’appelait Richard Touna… Ce nom ne vous dit peut être rien et pourtant ! Richard Touna Ombe était le directeur fondateur du journal Repères, paraissant
à Yaoundé, au Cameroun. Il était une des grandes plumes de son pays. Un visionnaire de la presse camerounaise. Une véritable conscience africaine.
Richard Touna est aujourd’hui décédé des suites d’un accident vasculo-cérébral. C’est en tout cas ce que nous apprennent les dernières dépêches. Et je voudrais, ici, lui rendre
hommage.
Il y a peu d’hommes qui marquent le chemin d’une vie. Richard Touna était de ceux-la. Je l’ai rencontré pour la première fois à Strasbourg. Nous venions
suivre une année de spécialisation sur les instituntions européennes. Comment oublier cette grande carcasse ! Il faut dire qu’il détonnait dans la grisaille ambiante. Ce qui me revient de
lui en premier, c’est son rire. Un rire franc, amical et entier. Et puis très vite, j’ai apprécié l’homme avant d’admirer le professionnel qu’il était. Je me souviens de son reportage à
Kiliningrad. “Tu sais j’ai ramené un reportage qui va faire grand bruit au pays” disait-il avant d’éclater de rire. “Quatre africains dans l’enfer russe”…. C’était le titre de son
papier.
Richard Touna avait l’habitude de sortir des scoops. A Bruxelles, il travaillait sur l’argent de la coopération (ACP) qui alimentait les débats et la corruption : “Mon article va faire
l’effet d’une bombe” confiait-il alors à un collègue, toujours dans le même éclat de rire.
Richard Touna aurait pu travailler n’importe où, mais c’est au Cameroun qu’il voulait exercer. Il avait fait le “serment d’insoumission” - titre d’un édito d’Ignacio Ramonet- et attachait
une haute valeur à son métier. Le devoir de vériter… C’était son crédo. Il avait encore tant à faire et à apporter.
Richard, mon ami, mon frère -il signait souvent ses lettres ainsi- je te salue.