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Il y a un
siècle, le 17 juillet 1907, disparaissait Hector Malot, l’un des plus prolixes auteurs normands. Originaire de La Bouille, il marqua incontestablement le XIXe siècle littéraire de sa plume. Mais
étrangement, l’homme n’est pas passé à la postérité. A la différence de son roman le plus connu, « Sans famille ». Tentative d’explication…
« Je suis un enfant trouvé. Mais jusqu’à huit ans, j’ai cru que, comme tous autres enfants, j’avais une mère, car lorsque je pleurais, il y avait une femme qui me serrait si doucement dans ses bras en me berçant que mes larmes s’arrêtaient de couler. Jamais je ne me couchais dans mon lit sans qu’une femme vint m’embrasser…».
Ces premières lignes du roman « Sans famille », nous les avons tous lues. Et dans un coin de notre mémoire, il est resté une petite place pour Rémi, Mère Barberin, la troupe du Signor Vitalis ou Capi le chien. On n’oublie pas ces romans traversés par un souffle initiatique.
Et s’il faut une référence, évoquons Jean-Paul Sartre et reprenons cet extrait tiré des « Mots » :« Je grimpais sur mon lit-cage avec Sans famille d’Hector Malot que je connaissais par cœur et moitié récitant, moitié déchiffrant, j’en parcourus toutes les pages l’une après l’autre : quand la dernière fut tournée, je savais lire »
On lit Malot en japonais, en coréen…
Le succès de cet ouvrage, d’abord publié en épisodes dans le journal « Le Siècle » fut immédiat dès sa sortie en librairie en 1878. Un succès public doublé d’une reconnaissance
littéraire puisque l’ouvrage fut couronné par l’Académie française. Et depuis, les rééditions et traductions se succèdent à bon train. On lit Malot en japonais, en
coréen, en russe…
Par ailleurs, si exceptionnellement un enfant « zappe » l’ouvrage, il retrouve le héros, Remi, en dessins animés, au cinéma,à la télévision où les adaptations sont multiples. L’art lyrique n’est pas en reste puisque la dernière création en date est celle de l’Opéra de Nice, en mars dernier.
Rémi, le héros de « Sans famille » traverse les générations à la manière d’un « Oliver Twist » ou d’un « David Copperfield ». Mais Hector Malot est bien moins connu que Charles Dickens. Pourtant, l’écrivain normand a publié plus d’une soixantaine de romans. Pourquoi cet oubli ?
Son arrière-arrière petite fille, Agnés Thomas-Maleville, auteur d’une remarquable biographie de son aieul, « L’écrivain au grand cœur » explique que l’une des raisons de l’oubli de Malot tient « à son caractère. Entier, très indépendant, réfractaire à toute mise en avant, à toute sollicitation, il n’a pas joué le jeu de l’écrivain en vogue du XIXe siècle. »
Et quel siècle ! Malot était alors traité comme un auteur majeur au même titre que Zola, Flaubert, Hugo, Maupassant. Quel cénacle littéraire.
Et leur estime réciproque, avec ici et là, quelques coups de griffe semble sincère. Ainsi Maupassant écrit-il à Malot en 1881 : « Depuis longtemps, je vous lis assidûment et j’ai été heureux que vous eussiez l’aimable attention de m’offrir, avec un mot de vous, l’œuvre nouvelle [Séduction] d’un romancier que j’admire et que j’aime ».
Pour le philosophe et historien, Hippolyte Taine, « Monsieur Hector Malot est un
écrivain connu mais pas assez connu ; ses deux romans Les Amours de Jacques et Les Victimes d’amour sont excellents en tout point et si l’on excepte Madame Bovary, égaux aux meilleures
œuvres de fiction qui aient paru depuis dix ans ».
Les relations avec Zola seront plus tendues. Dans un premier temps, Zola tombera sous le charme du style de Malot. « J’ose dire que les Victimes d’amour sont l’une des œuvres les plus remarquables de ces dernières années ». Quelques années plus tard, il se fera cinglant. « Hector Malot a peu à peu glissé à la production facile. Depuis quelques années, il s’est mis à bâcler des feuilletons pour le journal « Le Siècle » (…) C’est un écrivain qui se noie ».
Malot manquerait-il de rigueur ? Agnès Thomas-Maleville nous fournit un élément de réponse. « On s’arrache le romancier, écrit-elle, et en bon Normand, celui-ci privilégie les gains financiers à court terme et fournit roman sur roman (…) Malot improvise à de nombreuses reprises des chapitres au jour le jour qui partent par coursier vers le journal dans lequel ils sont publiés dès le lendemain ». La gloire, l’argent…
Mais il serait injuste de rejeter toute l’œuvre de Malot pour quelques productions faciles. « Malot a eu la malchance de surgir entre Balzac et Zola », écrira Caroline Rémy une journaliste proche de Vallès, « deux génies qui ont fait du tort au sien ».
Réalisme narratif, naturalisme…
Il est encore temps de redécouvrir cette œuvre imposante. De goûter au réalisme social qui imprègne ses romans. Les conditions de vie désastreuses de la classe ouvrière, les excès des internements psychiatriques, l’évocation (déjà) de la pollution des villes et la dénonciation du travail des enfants confèrent à ses écrits une réelle profondeur.
On parle également de réalisme narratif ou de naturalisme. Tant il est vrai qu’il existe une proximité avec l’œuvre d’Emile Zola. Le travail d’investigation est identique chez les deux auteurs. Chaque roman comporte une description très affinée du milieu évoqué. Et surtout les thèmes abordés par l’un et l’autre sont bien proches.
Mais Malot donnait à ses romans une coloration très normande. Alexandre Dumas avait coutume de dire : « Il y a une chose que je ne sais pas faire c’est un livre sur des localités que je n’ai pas vues ». Malot pourrait tout à faire reprendre ces propos tant son œuvre est marquée par une région qu’il connaît par cœur, la Normandie.
Agnés Thomas-Maleville a d’ailleurs réalisé un travail de recherche exemplaire sur la présence de notre région dans l’œuvre de Malot. Cela nous offre des exemples à foison au fil des pages de « Promenades en Normandie avec un guide nommé Malot ». La Bouille, son village natal, est bien présent dans « Sans famille » lorsque « Du haut des collines boisées et au détour d’un chemin ombreux, Mattia aperçut tout à coup devant lui la Seine décrivant une large boucle (…) ses eaux calmes couvertes de navires aux voiles blanches et de bateaux à vapeur… ». Le même lieu que nous retrouvons dans « Complices » : « Du haut de la côte Saint-Adrien se déroule l’un des plus beaux panoramas sur la boucle que forme la Seine d’Elbeuf à La Bouille »…
Le lycée Corneille, où il fit ses études apparaît dans « Les amours de Jacques » ; Oissel est en filigrane de « Complices » ; Elbeuf et ses métiers à tisser sont au cœur de « Baccara » ; les falaises de Grâce et la Hève sont décrites avec précision dans « Un beau-frère » et Le Havre transparaît dans « Romain Kalbris »...
L’inspiration locale est peut-être encore plus forte dans « Un curé de province » puisque Malot évoque des souvenirs d’enfance. Il nous restitue avec humour les visites du curé de Bonsecours venant quérir conseil auprès de M. Malot-père, homme de loi. Hector Malot, alors enfant, ne perdait pas une miette des conversations. Et les soucis de son abbé Guillemittes dans l’édification d’une cathédrale ressemblent trait pour trait aux tracas du curé Godefroy et de « sa » basilique de Bonsecours. Un ouvrage savoureux.
Difficile de se séparer de Malot, sans évoquer l’affaire Dreyfus. « Il n’y joua aucun rôle » objecterez-vous fort justement. Le piquant de l’histoire est que Mme Dreyfus sollicita d’abord Hector Malot pour défendre son mari. Mais le romancier avait depuis quelques mois décidé d’abandonner l’écriture et la vie publique. Navrée de ce refus, Mme Dreyfus se tourna alors vers Emile Zola . Ce qui donnera un tonitruant « J’accuse ».
Malot évoque cet épisode de la manière suivante : « J’ai su résister aux yeux suppliants et navrés de Madame Dreyfus, cependant aussi émouvants que ceux d’une biche aux abois ». S’il avait accepté, sans doute sa notoriété serait différente. Il nous est facile, pour conclure, de reprendre cette formule d’Agnès Thomas Maleville : « Zola repose au Panthéon. Malot au cimetière de Fontenay ».
Benoit-Louis Delouvier
À l’opposé, les syndicats voudraient que ce mouvement de grève soit dur et long. Ce qu’ils visent, c’est la coalition des mécontentements, liant le cas des régimes spéciaux à celui des universités voire au mouvement des fonctionnaires, prévu le 20 novembre. S’ils arrivent à réussir ce tour de force, ils n’auront plus qu’à guetter le faux-pas de Nicolas Sarkozy. Une méthode trop brutale et les exaspérations pourraient s’agglomérer. En revanche, si la rue se désengageait, le revers serait terrible pour les syndicats. Ils perdraient un de leur plus gros combat –celui des retraites - et laisseraient le champ des réformes sociales et économiques grand ouvert.
Mais comme rien n’est jamais tout blanc ou tout noir dans la vie comme en politique, c’est peut-être bien à mi-chemin de ces deux positions jusqu’au boutistes que se situera la vérité. Preuve en est le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a reçu, mercredi, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui a accepté d’ouvrir des négociations sur les régimes spéciaux de retraites avec les directions des entreprises concernées et les représentants de l’État. Une concession importante pour un syndicat qui ne voulait rien d’autre qu’une discussion globale. Les négociations de fin de crise sont donc engagées. L’important maintenant, pour les uns et pour les autres, c’est de ne pas perdre la face. Voilà l’enjeu !